L’église

L’église

Acrylique sur bois, 90 x 116 cm

  Les années ont passé. Je n’étais plus très loin du village. Dieu est une idée absurde que nous pouvons effacer du ciel mais je voulais revoir l’église. J’avais pris cette décision sur la route après une journée de voyage. Les églises sont des choses mortes que nous ne savons plus comprendre mais j’avais été ému par une sculpture qui représentait l’amour humain. A l’entrée de la commune, un lotissement avait été construit et pourtant les rues restaient désertes. Les toitures de l’église et de l’ancien presbytère étaient refaites en grande partie et les murs extérieurs avaient été nettoyés. La porte principale était remplacée par une structure provisoire et des barrières interdisaient l’accès au parvis. J’avais un grand besoin d’uriner parce que j’avais bu pas mal de bières pendant le trajet. Je me soulageait longuement à l’arrière de l’édifice mais je vacillais et je pissais sur mes chaussures. Sans les giclées et les éclaboussures, l’homme se dessèche et fausse sa destinée… J’étais en train de me rhabiller lorsque je vis surgir la silhouette d’une femme. Bien que dans l’ombre, je reconnus la belle figure de sainte qui m’avait inspiré. Elle ne portait plus son bébé et se tenait toute droite devant moi. Elle m’apparaissait divine et perdue dans ce moment unique. Elle avait dû tomber parce que ses mains saignaient et elle me regardait avec des yeux qui appartenaient bien aux vivants. Sa voix était triste et douce et elle me décrivait sa vie déflorée par les hommes. On lui avait retiré son enfant. Ses belles mains pâles s’accrochaient à moi et des larmes jaillissaient de ses yeux. Je restais hésitant, je gémissais puis mes mains délicatement se blottirent dans ses cheveux. Tout est grâce… Mes larmes ruisselaient et j’avais une joie terrible… Nous allions vivre follement… Je devais l’éloigner de ce village, de cette douleur, de cette détresse… Nous nous sommes laissés tomber au sol avec nos bouches mouillées et cramponnés l’un à l’autre… Tout cela était si beau… J’entendais des voix parler : «Tu vois bien qu’il est bourré…»

«Nous étions seul à seule et marchions en rêvant, Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.» Paul Verlaine